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Théorie du support : du support numérique à la raison computationnelle

prolégomènes et critique.

L'objectif est de caractériser la nature et le programme de recherche d'une discipline comme l'ingénierie des connaissances. Cette recherche est de nature philosophique et épistémologique mais elle s'appuie également sur les sciences cognitives, les sciences de la documentation, et les sciences de l'information et de la communication. La démarche adoptée est la suivante.

Nous proposons une théorie de la connaissance, la théorie du support, selon laquelle toute connaissance procède d'une inscription matérielle dont elle est l'interprétation. Cette théorie s'inscrit dans une philosophie de la technique et propose une conception de l'ingénierie et de la technologie, selon laquelle toute technologie procède à la fois des sciences de la nature pour modéliser son fonctionnement interne et répétable, et sur les sciences de la culture pour caractériser son utilisation externe adaptable.

Le type matériel du support d'inscription et les propriétés de transformation et manipulation qui le caractérisent sont corrélés à un type particulier de rationalité et de manière de penser. A l'instar de la raison graphique proposée naguère par Jack Goody pour caractériser les conséquences cognitives de l'écriture, nous proposons la notion de raison computationnelle pour caractériser le mode de penser qui serait associé aux inscriptions numériques.

Le numérique, support universel et homogène, élargit l'horizon des possibilités d'interprétation des inscriptions et introduit une confusion et désorientation de la pensée. Que ce soient les problèmes de gestion des connaissances, de recherche d'information, d'assistance à la décision, la plupart des systèmes numériques engendre un afflux d'informations qu'il faut contrôler pour être capable de les exploiter, sous peine d'en être submerger. Le numérique engendre la situation paradoxale où il propose de nouveaux outils dont l'efficience et le succès se manifestent principalement par les difficultés qu'ils engendrent : le web introduit la surcharge de connaissance et d'information, les systèmes d'information la complexité des entreprises, etc.

L'enjeu de la raison computationnelle est de surmonter les antinomies qu'elle engendre par une critique dont il faut instrumenter l'exercice. L'ingénierie des connaissances est une réponse technologique à ce problème, proposée depuis une réflexion philosophique et scientifique.

Cette réflexion reprend sur le plan des sciences humaines la question de l'interprétation et s'appuie sur la rhétorique et l'herméneutique pour appréhender et modéliser les conditions d'intelligibilité des inscriptions et proposer des outils qui les respectent. Sur le plan technologique, la réflexion s'appuie sur la représentation formelle des connaissances et l'ingénierie documentaire.

Ingénierie ontologique

La représentation logico-formelle des connaissances permet d'exprimer des énoncés dont la syntaxe reflète et contrôle la sémantique associée. Elle fournit donc un outil privilégié pour manipuler des inscriptions numériques en fonction de leur signification. Notre travail se concentre sur les ontologies. Une ontologie est une représentation linguistique et formelle des concepts d'un domaine pour un contexte applicatif. L'aspect linguistique renvoie au fait que les concepts sont tirés de la langue du domaine et doivent rester intelligibles pour les spécialistes. L'aspect formel renvoie au fait que les concepts doivent être manipulables par la machine et produire un comportement prédictible. Nous avons proposé une méthode pour modéliser des concepts sur le plan linguistique pour ensuite les formaliser. Cette méthode a été testée dans des projets importants. Mais elle doit être améliorée : modélisation linguistique plus précise, articulation entre les plans linguistiques et formelles.

En outre, un problème important est que les ontologies obtenues sont soit simples à manipuler mais alors inutiles car trop générales ou vagues, soit précises dans la modélisation mais alors inutilisables car trop complexes à manipuler (tractabilité) et comprendre (intelligibilité). L'enjeu est de proposer des méthodes pour concevoir les ontologies et les utiliser et les partager. L'approche est d'articuler les ontologies à des répertoires d'usages et d'exemples, souvent documentaires, pour illustrer et expliquer la signification et l'usage des concepts. On aurait alors une ontologie de concepts formels pour le raisonnement et une anthologie d'exemples documentaires pour l'usage.

Ingénierie documentaire

Ll'objectif est de proposer des modèles de document et de caractériser les connaissances associées pour permettre leur exploitation. Le problème est de disposer d'outils de représentation permettant d'exprimer ces modèles et connaissances, pour les décliner en outils de manipulation des documents. En particulier, les documents audiovisuels, sonores et multimédias sont difficiles à caractériser et instrumenter. L'approche est de mobiliser les standards fondés sur XML et de les étudier dans des applications pédagogiques.

Un enjeu particulièrement important est de pouvoir mobiliser dans la manipulation documentaire des contenus les connaissances dont on dispose sur eux. Or, les langages de représentations documentaires ou conceptuels sont distincts et hétérogènes : les modèles documentaires ne permettent pas de raisonner, les modèles de représentation des connaissances ne permettent pas de manipuler des documents. Notre recherche se porte sur l'intégration dans un contexte de manipulation de contenus des aspects documentaires et conceptuels.

Enfin, le Web et le multimédia entraîne une (r)évolution importante de la notion de document, dans ses modalités de création, transmission et consultation. Nous travaillons sur la définition d'une ingénierie documentaire permettant d'exprimer les connaissances de manière adéquate dans des environnements de travail générique que l'on peut adapter aux contextes d'écriture (Projet Poly\TeX, Scénari, Chaperon, Territoires Numériques).

Ingénierie des connaissances

La recherche que je mène s'inscrit sous l'égide de l'ingénierie des connaissances, en adoptant une double approche,

  • une approche technique et scientifique,
  • une approche philosophique et sémiotique.

Qu'est-ce que l'ingénierie des connaissances ?

L'ingénierie des connaissances ne porte pas directement sur les connaissances, car ces dernières ne sont pas des objets matériels sur lesquels effectuer des manipulations et transformations. L'IC porte sur l'inscription matérielle des connaissances, en se fondant sur le fait que :

  • toute connaissance est l'interprétation d'une inscription qui en est l'expression
  • toute inscription est matérielle et soumise à ce titre à une physique et peut faire l'objet d'une ingénierie.

L'IC ne porte pas sur toutes les inscriptions de connaissances, mais celles qui adoptent le support numérique comme substrat d'inscription. Le numérique confère une cohérence et une unité à l'ingénierie des connaissances :

  • le support numérique est universel, et tout contenu peut s'inscrire sur un tel support ;
  • le support numérique est homogène au sens où les contenus inscrits peuvent être soumis à un même système technique.

L'Ingénierie des connaissances sera donc l'ingénierie des inscriptions numériques de connaissances. Elle élabore des outils, méthodes et dispositifs mobilisant les inscriptions numériques pour assister le travail de la pensée et l'exercice de l'esprit.

Les principales déclinaisons de l'ingénierie des connaissances

L'ingénierie des connaissances comprend deux modalités essentielles :

  • l'ingénierie des représenations formelles de connaissances ;
  • l'ingénierie des inscriptions documentaires de connaissances ;

Les inscriptions formelles correspondent aux représentations logiques formalisées modélisant le sens et la signification, que ce soit la signification de contenus, documents, pensées, expressions linguistiques, etc. Le principe est que la syntaxe formelle à la base de ces inscriptions contrôle et détermine la signification associée. Cette syntaxe possède donc une sémantique formelle.

Les inscriptions documentaires correspondent aux contenus mis en forme, produits, consultés et transmis à l'aide des documents. Les documents numériques reposent sur une numérisation du contenu où les unités numériques manipulées techniquement sont dans un rapport arbitraire avec les unités de sens interprétées par un lecteur :

  • une image est faite de pixels manipulés techniquement ;
  • une image est vue et comprise en termes de formes visuelles ou graphiques.
  • les formes visuelles interprétées n'ont pas d'existence technique dans le document : on ne sait pas manipuler tous les pixels composant un présentateur de télévision, et rien que ceux-là.

L'intérêt des inscriptions formelles est de pouvoir déléguer à la machine des traitements reposant sur la sémantique des contenus manipulés ; l'inconvénient est de contraindre cette sémantique et de la réduire aux capacités expressives et calculatoires des formalismes. L'intérêt des inscriptions documentaires est de pouvoir exprimer n'importe quel type de contenu et de signification associée, car la forme technique reflète l'apparence et non le sens du document. L'inconvénient est de ne pouvoir introduire de l'« intelligence » dans les traitements effectués.