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CHTIOUI Tawhid
UFR 3ème Cycle : Sciences des organisations
DEA 124 : Comptabilité - Décision - Contrôle
Année 2000-2001
Séminaire : "Philosophie et management"
(professeur Yvon PESQUEUX)
Jean Baechler
PRECIS DE LA DÉMOCRATIE


Biographie de l’auteur 
JEAN BÆCHLER
(né le 28 mars 1937 à Thionville, Moselle)
Élu, le 6 décembre 1999, dans la section Morale et Sociologie,
au fauteuil laissé vacant par le transfert d'Alain Besançon
Carrière
Agrégé d’histoire géographie et docteur en lettres, Jean Baechler a consacré sa vie à l’enseignement et à la recherche : professeur d’histoire géographie au lycée du Mans (1962-1966), puis chargé de cours de sociologie à la Sorbonne (1966-1969), chargé de conférences de sociologie à l’EHESS (1968-1986), chargé de séminaire du DEA de sociologie de Paris IV, Paris V et Paris X (depuis 1975), enfin professeur de sociologie historique à Paris IV-Sorbonne (depuis 1988).
Parallèlement il a été attaché (1966), puis chargé (1969), puis directeur de recherche (1977-1988) au CNRS, section de sociologie.
Il a également été membre du Centre européen de sociologie historique dirigé par Raymond Aron (1969-1984) et appartient, depuis 1984, au Groupe d’études des méthodes de l’analyse sociologique (GEMAS) fondé par Raymond Boudon
Œuvres
1968 - Politique de Trotski
1970 - Les Phénomènes révolutionnaires
1971 - Les Origines du capitalisme
1975 - Les Suicides
1976 - Qu’est-ce que l’idéologie ?
1978 - Le Pouvoir pur
1985 - Démocraties
1988 - La Solution indienne. Essai sur les origines du régime des castes
1988 - Europe and the rise of Capitalism (en collaboration)
1993 - La Grande Parenthèse (1914-1991). Essai sur un accident de l’histoire
1994 - Précis de la démocratie
1995 - Le Capitalisme
1996 - Contrepoints et commentaires
2000 - Nature et histoire

Contents

Postulats de l'ouvrage :


  • Cinq, vingt-cinq, cinq cents, ce sont les trois nombres naturels de la société humaine, prise dans le cours de son histoire naturelle.
  • L’homme est un animal social.
  • "Comment vivre ensembles sans s’entre-tuer ?" : le politique est la solution de ce problème proprement et exclusivement humain.
  • La liberté humaine implique la capacité des contraintes.
  • L’esprit de la paix est la vertu civique fondamentale, celle sans laquelle aucun salut politique hors de la loi de la jungle ne saurait être envisagé.
  • En démocratie, le principe ultime est que les obéissants choisissent eux-mêmes ceux à qui ils consentent à obéir.
  • Le passage d’un régime politique à l’autre doit être marqué quelque part par une rupture.
  • Un groupe est fondé pour atteindre une fin.
  • La paix, c’est la non-violence, ce n’est pas l’absence de conflits.
  • Ontologiquement, le public passe avant le privé.
  • Il n’existe que deux structures de la politie : unitaire ou fédérale.
  • La séparation des fonctions est une précaution élémentaire contre les corruptions tyranniques.
  • Un régime à parti unique n’est pas un régime démocratique.
  • L’indépendance de la fonction judiciaire est essentielle à la démocratie.
  • Il n’y aurait pas d’espèce humaine, si la vertu n’était pas possible.
  • Chaque action humaine est toujours une combinaison de poussée psychique et d’attraction exercée sur la volonté intelligente.
  • La tolérance n’est pas naturelle, c’est une disposition permanente acquise à surmonter l’hostilité contre l’étrange.
  • Dans toute société, des vertueux et des vicieux congénitaux apparaissent à chaque génération.
  • Tout pouvoir doit se voir opposer un ou des contres pouvoirs.
  • La guerre n’est pas naturelle, c’est une invention culturelle du Néolithique.
  • Tous les régimes politiques sont corruptibles.
  • Un calculateur rationnel choisit toujours le court terme, parce que le long terme, trop incertain, lui échappe.

Hypothèses de l'ouvrage:


  • L’Homme est la même chose que tous les hommes.
  • Le social connaît trois modes distincts : la sodalité, la sociabilité et la socialité.
  • La seule solution possible et légitime aux conflits est de les laisser se développer jusqu’à leur conclusion.
  • La fin du politique est la paix par la justice et la justesse.
  • L’agir, le faire et le connaître sont les constituants ultimes de la matière historique, comme les quarks le sont de la matière inerte et les protéines de la matière vivante.
  • L’esclavage n’est pas contre nature.
  • Les délégués ne se substituent pas aux citoyens, ils sont tout bonnement à leur service.
  • Les citoyens sont des calculateurs rationnels : les peines doivent annuler les gains escomptés d’une tricherie et dissuader les citoyens de tricher.
  • La confusion de l’exécutif et du législatif supprime tout contrôle possible.
  • Les vices individuels ont des vertus collectives.
  • L’Homme est un acteur humain libre, finalisé et rationnel ou calculateur.
  • Renoncer à recourir à la violence et à la ruse, pour avancer son intérêt particulier, est la rège première est fondatrice du bon régime.
  • Les intérêts particuliers sont tous politiquement légitimes, tant qu’ils respectent les règles du jeu.
  • La démocratie, pour exister, exige que soient réunies certaines conditions de possibilité, ce que Platon appelait des "causes auxiliaires".
  • La démocratie, définit comme le régime fondé sur le pouvoir-direction, est le régime politique qui réserve les chances les plus grandes d’atteindre à la paix et à la justice.
  • Une démocratie même pure et parfaite ne peut pas fonctionner sans des citoyens vertueux ou non vicieux.

Démonstration suivie :

Le propos de Jean Baechler dans cet ouvrage est de construire une théorie de la démocratie qui soit à la fois générale est particulière, qui en même temps propose une analyse vraie de la nature de la démocratie en général et se nourrisse des expériences démocratiques de l’humanité.

Pour la vérifier, il combine une théorie hypothético-déductive et des expérimentations.

1/ Baechler part de l’Homme, il le définit d’abord par la liberté, la rationalité et la finalité. Ensuite il le présente dans ses contextes social et politique.
2/ Il propose des définitions univoques - soustraites aux opinions, aux passions, aux idéologies - des fins objectives du politique, la paix et la justice. Ces fins explicitées doivent devenir les objectifs assignés à l’action politique des hommes réunis en politie.
3/ Une fois les objectifs fixés, l’on peut repérer les voies et les moyens de les atteindre : les régimes politiques. C’est ainsi qu’à partir du concept de pouvoir, il décrit la nature des régimes politiques et en présente une typologie.
4/ Ce n’est qu’à ce niveau que l’auteur commence de parler de la démocratie : il essaye de repérer, de cerner et de définir les caractères les plus ultimes, les plus exclusifs d’un régime démocratique, pris dans sa pureté conceptuelle. Il examine ce qui lui paraît comme les articulations essentielles du modèle : la nature des groupes, la nature des fins, la distinction du public et du privé, les délégations de pouvoir : chaque fois, il donne les règles démocratiques fondatrices et leurs corruptions ou perversions décisives.
5/ La nature de la démocratie, telle que dévoilée dans l’étape précédente de la démonstration a permis d’aborder l’étape suivante qui consiste à confronter la nature de la démocratie aux fins du politique et à démontrer qu’elle est belle et bien le bon régime, celui qui réserve le plus de chance d’atteindre à la paix et de connaître la justice.
6/ Cette étape qui suit consiste normalement à examiner la démocratie dans les différents contextes culturels, historiques et sociaux, des solutions démocratiques non seulement dans l’ordre politique, mais encore dans tous les ordres ; ce qui nécessite à lui seul un livre énorme. C’est pourquoi, Baechler a réduit cette étape à des dimensions plus modestes, en analysant les institutions publiques des démocraties modernes.
7/ Le problème de la démocratie est examiné à frais nouveaux, en commençant par définir la vertu et par démontrer que la démocratie la réclame comme une de ses conditions de possibilité, avant de repérer les principales vertus exigées soit des citoyens, soit des dirigeants politiques.
8/ Nous avons ici une proposition de la théorie de l’auteur sous forme de quatre points dont trois ont été déjà traités dans les étapes précédentes alors que le quatrième, relative aux conditions de possibilité d’un régime démocratique, est traité à ce niveau en adoptant une démarche hypothético-déductive. Ce qui signifie un recours permanent aux données de la voie empirique.
9/ Une fois sa théorie sur la démocratie a été totalement construite, Jean Baechler nous présente les phénomènes pouvant affecter la démocratie. Il distingue deux ensembles différents : les déficits démocratiques et les corruptions démocratiques. Une fois ces phénomènes ont été bien individualisés, il a analysé l’incidence plausible sur la corruptibilité des démocraties.
10/ Enfin, à partir de tout ce qui a été dit sur la démocratie et en procédant par extrapolation, l’auteur a donné ses prévisions de l’avenir de la démocratie et de ses chances dans l’état présent du monde.

Principales conclusions :

> Le régime démocratique, dans un contexte moderne, exige les institutions du régime parlementaire, monarchique ou républicain, fondé sur le scrutin majoritaire à un tour. Celui-ci propose un optimum : toute solution qui s’en éloigne s’éloigne de l’optimum et se traduit par un accroissement de l’inefficacité et de l’instabilité.

> Un matériel humain défectueux ne peut pas porter une cité saine. D’après celle là, des calculateurs purs seraient irrésistiblement poussés à ne pas respecter les règles qu’exigent la paix et la justice ; même la crainte d’être punis ne suffirait pas à les retenir. Il faut une hypothèse supplémentaire, il faut supposer les citoyens libres, finalisés, calculateurs et vertueux.

> La théorie de la démocratie se présente à peu près ainsi :

  • les hommes en tant qu’espèce libre, sociale et conflictuelle, aspirent spontanément à la paix et à la justice ;
  • la démocratie, définie comme le régime fondé sur le pouvoir-direction, est le régime politique qui réserve les chances les plus grandes d’atteindre à la paix et à la justice ;
  • pour q’un régime démocratique puisse naître, s’implanter, se perpétuer et ne point trop échouer, certaines conditions de possibilité doivent être réunies ;
  • dès que ces conditions sont remplies, les hommes en tant qu’acteurs libres, finalisés et calculateurs finissent par produire des régimes démocratiques, en en transcrivant la nature dans des représentations, des actions et des institutions.

> L’avenir sur la scène politique est un système oligopolaire réunissant de cinq à dix acteurs : Etats-Unis, Inde, Chine, Russie semblent assurer d’y figurer ; Europe, si elle devient une fédération ; Brésil, s’il stabilise et rationalise ses institutions politiques ; peut-être les archipels pacifiques autour du japon ; il ne voit pas encore quelle politie africaine.

> Le développement économique exerce et continuera à exercer un attrait irrésistible sur toutes les polities. Dans les décennies à venir, le capitalisme sera adopté dans toutes les polities.

Le développement économique est traduit en termes sociaux par la production massive de cadres moyens et supérieurs, instruits et réunis en entreprises, en associations et en groupes divers ; ce qui structure le privé dans une société moderne.

Résumé de l'ouvrage :

Chapitre 1 : LA NATURE DU POLITIQUE

La tâche que fixe Baechler dans cet ouvrage est de définir le "bon régime" politique : s’il est bon, il l’est pour tout le monde. C’est pourquoi, pour commencer, il adopte le point de vue de tous les hommes, c’est à dire de l’Homme.

Ce premier chapitre propose donc un ensemble de définitions qui concernent l’Homme et qui serviront de base pour le reste de l’ouvrage.
L’Homme 
L’Homme n’existe qu’incarné dans des hommes et les hommes sont humains en proportion des caractères de l’Homme qu’ils parviennent à réaliser en eux-mêmes. Ainsi l’Homme est défini par la liberté, la rationalité et la finalité.
L’Homme libre 
La liberté est triple, elle conjoint le choix, l’autonomie, la rectitude et s’oppose à la non-liberté également triple, faite de nécessité, d’hétéronomie et de désordre.
Considérant que la liberté et la non-liberté sont deux pôles extrêmes, opposés et qu’un continuum les relie. Chaque homme, en tant qu’individu concret inséré dans un contexte social et historique défini, se situe quelque part sur ce continuum, c’est à dire qu’il est plus au moins libre, en fonction de ses dons innés, de sa position sociale de ses ressources, de ses efforts…, et en fonction du régime politique où il vit.
L’Homme calculateur 
Le calcul, (dit aussi raison) pose que l’Homme a la capacité d’inventer toutes les solutions bonnes de tous les problèmes qui se posent à lui, à condition que ces solutions existent. Chaque homme est donc, plus ou moins bon calculateur, en fonction d’une gamme très riche et très complexe de facteurs personnels, sociaux et historiques.
L’Homme finalisé :
Un homme libre et calculateur poursuit des fins déterminées. Ces fins sont des solutions qui résoudraient parfaitement des problèmes posés à l’Homme par sa nature et sa condition.
l’Homme problématique 
De la liberté humaine résulte directement la nature problématique de l’espèce : le propre de la nature humaine est d’être virtuelle et de s’actualiser dans les cultures. Ce point a été explicité à travers quelques exemples pour aboutir à la conclusion que chaque représentant de l’espèce, étant lui-même un produit d’une histoire, est à lui seul une espèce irréductible à quelque genre que ce soit.
L’Homme social : L’Homme existe, mais seulement dans les hommes, qui ne peuvent actualiser leur humanité qu’en société, un mot pour désigner les groupes, les réseaux et les morphologies que les hommes inventent et produisent, pour pouvoir accomplir leurs destinées humaines.
L’Homme Conflictuel :L’Homme comme animal social inflige à ses représentants la contrainte imparable des conflits.
Baechler repère trois sources principales de conflits :
Répondre aux sollicitations du milieu, au besoin par des actes d’agression, contre des concurrents trop pressants ou contre la menace de prédateurs.
La rencontre de la liberté et de la pluralité des solutions à tout problème humain.
La rareté des biens.
L’Homme politique : En définissant ce qu’est une politie et en donnant les différents sens du mot politique, l’auteur aboutit au fait que l’Homme politique est l’ordre qui reçoit en charge d’assurer la paix par la justice dans une politie et de gérer la guerre entre polities.

Chapitre 2 : LES FINS DU POLITIQUE :

Dans ce deuxième chapitre, on est encore au stade de définitions des concepts mais par rapport au premier on est rentré dans le lexique politique, l’auteur nous présentent les fins du politique : la paix et la justice. Il les définit de manière précise et, par implication, leurs contradictoires, la violence et l’injustice. Il tâche, aussi, de repérer les moyens de les atteindre.

La Paix 
La paix est "le non violent", on l’attribue à trois issues : l’amitié, la politesse et la ritualisation des querelles. Ce sont des dispositions politiques permanentes exigées des acteurs politiques, s’ils veulent que s’accomplisse la fin du politique.
La paix repose sur la justice des partages et la justice des choix. Elle est compromise et la violence menace si l’injustice est avérée et sans redressement possible, si les acteurs sont injustes, si les injustes ne sont pas punis ou si la punition est à son tour injuste.
Elle a besoin pour son couronnement et sa perpétuation, d’une prévention dissuasive de la violence par la menace d’une violence plus grande et par l’effectivité de cette violence.
La justice 
C’est le moyen privilégié de la fin du politique c’est à dire de la paix entre citoyen ; la justice comprend deux départements :
  • La loi gère :
  • La justice constitutionnelle qui définit les règles fondamentales du jeu dans une politie ;
  • La justice légale qui définit les règles circonstancielles.
  • Le droit comprend :
  • La justice distributive, qui vise à donner à chaque citoyen les parts qui lui reviennent de pouvoir, de prestige et de richesse ;
  • La justice contractuelle, qui veille à ce que les contractants respectent l’égalité dans les échanges ;
  • La justice punitive, qui applique des peines à ceux qui transgressent la loi et le droit.
  • La justice restitutive, qui corrige toute déviation affectant toutes les formes de justice.

Dans ce chapitre Baechler ne se suffit pas d’énumérer ces genres et espèces, mais il les précise et développe.

Chapitre 3 :LES REGIMES POLITIQUES :

"Un régime politique est l’ensemble des procédures et des dispositifs qui doivent permettre l’instauration de la paix par la justice dans une politie."

Dans ce troisième chapitre, après une description de la nature des régimes politiques, l’auteur en fonde une typologie tout en se basant sur le concept de pouvoir.

Le concept de pouvoir

Jean Baechler part de la définition suivante du pouvoir : "Le pouvoir est la capacité pour un acteur A d’obtenir d’un acteur B ou de l’empêcher d’accomplir ou de ne pas accomplir une activité X." Il explicite soigneusement chaque terme de la définition pour aboutir au constat que toute relation de pouvoir comporte, par nature, quatre éléments :

  • la volonté argumentée d’un acteur, qui énonce des ordres ou des interdits ;
  • l’obéissance d’un autre acteur, dont la volonté cède devant l’argument du premier ;
  • la désobéissance virtuelle du second, qui demeure libre au cœur même de son obéissance ;
  • la punition argumentée du second par le premier.

Ces quatre éléments du pouvoir sont remarquablement présents dans trois modes radicalement différents que l’auteur développe à ce niveau. Il s’agit de :

  • La puissance : elle combine la violence, la peur, la révolte et la mort.
  • L’autorité : elle réunit charisme, admiration, dissentiment, excommunication.
  • La direction : elle conjoint la compétence, l’intérêt, la tricherie et l’exclusion.

Ainsi, il conclue qu’un régime politique est une combinaison spécifique des modes du pouvoir, exercé dans le cadre d’une politie.

La typologie des régimes politiques :

Pour construire sa typologie, Baechler a adopté une vision philosophique. Il fait ressortir trois grands types de régimes politiques :

Les régimes démocratiques 
Ils ont pour principe fondateur la direction. Leur principe ultime est que les obéissants choisissent eux-même ceux à qui ils consentent à obéir.
Une bifurcation vers des régimes plus particuliers a été faite autour des questions " qui choisit ?" Ou "qui est le souverain?". L’auteur en se basant sur les données empiriques révèle que l’histoire n’a retenu que trois possibilités :
  • les régimes aristocratiques : dans lesquelles choisissent seuls les représentants –toujours mâles- de certains lignages, éminents par leur richesse, leur prestige, leur pouvoir dans le corps social et par leur antiquité immémoriale.
  • les régimes ploutocratiques : désignés traditionnellement par oligarchiques, ne laissent le choix que pour les riches.
  • les régimes démocratiques proprement dits : où tous les membres de la politie sont habilités à choisir.
Les régimes hiérocratiques 
Ils soulignent l’autorité et réunissent trois acteurs : un principe transcendant, un délégué appelé vicaire et la politie. On distingue :
  • l’hiérocratie tempérée : où le pouvoir du vicaire est limité en droit et où les obéissants ont un certain contrôle institutionnel sur l’exercice du pouvoir politique.
  • l’hiérocratie absolue : où le pouvoir du vicaire peut être limité en droit parce que toute position de pouvoir dans la société émane du centre.
Les régimes autocratiques 
Ils valorisent la puissance. C’est où le pouvoir n’y est délégué ni d’en bas ni d’en haut, où le ou les puissants se sont désignés eux-mêmes et s’emparent du pouvoir par la violence et la ruse. L’auteur en distingue plusieurs espèces :
  • le régime despotique : où le despote tient la politie pour sa propriété personnelle et la gère comme telle.
  • le régime tyrannique : caractérisé par le fait que le détenteur du pouvoir l’exerce pour satisfaire ses passions et ses instincts personnels.
  • le régime autoritaire : où une minorité généralement l’armé s’empare du pouvoir dans une révolution de palais ou par un coup d’Etat.
  • le régime idéocratique : ( ou totalitaire) ; C’est où une minorité désignée s’empare du pouvoir, mais cette fois-ci, pour imposer à la politie une idéologie et une utopie.
  • le régime mafiosique : son trait distinctif est la mise en place de clientèle contrôlée par des parrains, qui se surveillent et s’équilibrent les uns les autres, et s’entendent pour partager les fruits de l’exploitation du peuple, à leurs propres bénéfices.

Cette typologie a été développée par l’auteur avec plus de détail, tout en citant des exemples historiques ou existants.

Chapitre 4 : LA NATURE DE LA DEMOCRATIE

L’objet propre de ce chapitre "est la loi non écrite" de la démocratie. Il s’agit de repérer, de cerner et de définir les caractères les plus ultimes et les plus exclusifs d’un régime démocratique, pris dans sa pureté conceptuelle.

C’est dans ce chapitre qu’il définit pour la première fois la démocratie : " c’est d’abord un contrat ou un nœud de contrats, liant entre eux, selon des termes définis, des acteurs individuels et collectifs.

Baechler examine dans ce chapitre ce qui lui paraît comme les articulations essentielles du modèle : la nature des groupes, la nature des fins, la distinction du public et du privé, les délégations de pouvoir. Chaque fois, il examine les règles démocratiques fondatrices et leurs corruptions ou perversions décisives.

La nature des groupes démocratiques

Le caractère contractuel de la démocratie impose tendanciellement à tous les groupes en démocratie de se conformer à trois règles démocratiques fondamentales :

  • Chaque acteur est libre de ne pas entrer dans un groupe ;
  • Chaque acteur est libre de sortir d’un groupe ;
  • Personne n’est libre d’entrer.

En plus du développement de ces règles, Baechler a donné quelques exceptions et a cité les corruptions et perversions qui s’y opposent.

Le statut des fins

Jean Baechler revient une fois encore sur les fins ; il s’arrête cette fois sur deux points seulement, essentiels : le statut des fins en général et les rapports de ce statut à la démocratie.

Pour définir le statut des fins il se base sur les exemples de la politie et de la famille pour généraliser sur tous les groupes. Il arrive aux quatre points suivants :

  • Il y a des fins, politiques, économiques, religieuses, scientifiques, pédagogiques… ;
  • La poursuite et la réalisation des fins reposent sur la formation des groupes ;
  • Les individus fondent et entrent dans les groupes, pour atteindre ces fins, qu’ils ont faites leurs ;
  • Les individus se conforment dans leurs comportements aux exigences que leur adressent les trois points précédents.

Le privé et le public

L’auteur considère ce point comme si décisif pour la démocratie qu’il l’examine avec de grandes précisions et rigueurs.

Il commence par une proposition d’une classification des intérêts :

  • l’intérêt singulier : c’est l’objectif d’une activité circonscrite, soit ponctuelle, soit globale.
  • l’intérêt particulier : c’est l’ensemble des intérêts singuliers d’un acteur. Il comprend les intérêts individuel et collectif.
  • l’intérêt commun : c’est un intérêt singulier qui répond à deux critères précis : être présent dans chaque intérêt particulier, individuel et collectif, et figurer en tête du rangement de chaque intérêt particulier.

Mais le problème posé aux membres d’une politie est : comment faire coexister une infinité d’intérêts différents, divergents et discordants, tous politiquement légitimes, sans risquer l’explosion ?

Baechler propose une solution et une seule pour résoudre ce problème : il faut et il suffit d’organiser des marchés soustraits à la violence et à la ruse et de laisser tous les intérêts politiquement légitimes y pénétrer, pour que des négociations innombrables s’instaurent et se développent, qui conduisent à des positions instantanées d’équilibre qu’il appelle " intérêts moyens ". Il appelle aussi "agorie" ces espaces sociaux réglés où les intérêts de tout ordre peuvent se rencontrer et se confronter.

A l’issue de cette argumentation, l’auteur parvient aux définitions suivantes du privé et du public :

  • Le privé est la sphère des intérêts particuliers, des marchés-agories, des intérêts moyens.
  • Le public est la sphère des intérêts communs ou du bien commun.

Les délégations de pouvoir

Les contraintes exercées par la réalisation des fins imposent, dans tous les groupes, des relations de pouvoir.

Le statut de ce pouvoir dans la démocratie obéit d’après Baechler à trois règles imprescriptibles :

  • tout pouvoir est une délégation ;
  • toute délégation est le fait des obéissants ;
  • toute délégation doit être circonscrite à un ensemble déterminé d’activités à coordonner.

Chapitre 5 : DEMOCRATIE, PAIX ET JUSTICE

Dans ce chapitre, Jean Baechler reprend la nature de la paix et de la justice, déjà définie dans le deuxième chapitre, détermine les conditions de leur possibilité ou les procédures pour y parvenir.

La paix

Après une reprise brève de ce que c’est la paix, l’auteur focalise sur un point qu’il considère délicat : il s’agit de la volonté des citoyens de vivre ensemble, comme condition indispensable pour la réalisation de la paix.
Cette volonté doit être soutenue par quatre supports distincts :
  • La culture ou la civilisation ;
  • La socialité et la morphologie ;
  • La politie ;
  • Le contrat démocratique.

La loi

L’auteur la définie comme l’ensemble des règles du jeu, fondamentales ou circonstancielles, définies dans la politie comme telle et s’appliquant à tous les citoyens. Après une précision sur la nature de son rapport avec la démocratie, il passe pour une précision des rapports du public et du privé : ontologiquement, le public passe avant le privé, puisque l’intérêt commun est condition de possibilité de l’intérêt particulier.
Sur la base de cette distinction entre le public et le privé, il définit ce qu’on entend par fonctions législatives, exécutive et judiciaire.
De là, Baechler conclue que :
  • la démocratie nécessite que soit faite une distinction entre les règlements privés, et les lois publiques ;
  • la capacité conférée à la loi d’exiger l’obéissance et de faire punir ses transgresseurs ne peut être attribuée que par une institution publique.

Le droit

Dans ce paragraphe, l’auteur essaye de marier de façon indissoluble le droit et la démocratie, et ceci en creusant le concept d’agorie et repérer ses connexions possibles avec le droit. Il s’attaque, alors au concept lui-même et à la réalité qu’il inclut, sans penser ni à la justice ni à la démocratie qui seront réintroduit après.
Ainsi, il traite de l’échange, du partage et de l’exploration dans une agorie, puis il traite des liaisons suivantes :
  • Justice contractuelle et échange ;
  • Justice distributive et partage :
  • Justice punitive et restitutive et l’exploration.

Chapitre 6 : LES INSTITUTIONS PUBLIQUES MODERNES

"Le procès de démocratisation entamé dans la seconde moitié du 16éme siècle s’est traduit par une réinvention de la démocratie." : c’est le point de départ de l’auteur dans ce chapitre, sur la base duquel, il va essayer de classer les institutions modernes inventées dans les différentes polities en fonction de leur dose plus au moins élevée d’authenticité démocratique.

Il renvoie alors tout au long du chapitre aux traités et aux manuels de droit public et d’histoire d’institutions publiques pour l’apprentissage du point de vue historique.

Il retient quatre problèmes institutionnels fondamentaux qu’ont à résoudre aujourd’hui les démocraties, à la lumière des expériences occidentales :

La structure de la politie

Baechler examine seulement deux possibilités extrêmes, une structure soit unitaire, soit fédérale.
Dans le cadre de la modernité, il affirme que la structure fédérale est manifestement plus sympathique à la démocratie. Il va même au point de déduire le nombre "idéal " de niveaux à retenir dans une fédération :
  • Vers le haut, ne pas excéder quatre ou cinq échelons fédéraux ;
  • Vers le bas, trois ou quatre échelons fédéraux paraissent proposer un optimum ;
Il cite la France comme exemple presque pur de structure unitaire et la Suisse comme cas exemplaire de structure fédérale. Les autres polities occupent des positions plus intermédiaires.

L’institution de la fonction exécutive

L’exécutif relève de l’agir, le législatif du faire, et le judiciaire du connaître. En pratique, le législatif et l’exécutif collaborent.
Par nature et par définition, l’exécutif a la charge de réaliser autant qu’il se peut le bien commun. Cette charge lui adresse deux exigences :
  • l’efficacité
  • la stabilité, non pas l’immobilisme mais la continuité des institutions.
La question à laquelle répond Baechler ainsi, est "Quelle manière choisir pour instituer l’exécutif et le législatif pour donner le plus de chance à l’efficacité et à la stabilité à la fois"
Quatre solutions se présentent :
  • Le régime d’assemblée, où l’exécutif et le législatif sont confondus dans un même organe.
  • Le régime de cabinet, où l’exécutif est issu de tractations entre les membres élus du législatif, qui s’entendent pour former un gouvernement et lui assurer une majorité à l’assemblée.
  • Le régime présidentiel, qui sépare institutionnellement le législatif et l’exécutif, qui sont élus séparément par les citoyens directement ou indirectement.
  • Le régime parlementaire, où la majorité au parlement fournit l’exécutif, ou bien : le chef de la parti majoritaire à la chambre est lui-même chef de l’exécutif.
D’après Baechler, la conclusion n’est pas douteuse : le régime parlementaire à l’anglaise répond le mieux aux exigences démocratiques d’efficacité et de stabilité sous la condition que le parlement soit composé d’une majorité et d’une minorité aussi consistantes et cohérentes l’une que l’autre.

Les modes de scrutin

le scrutin proportionnel 
Il garantit à n’importe quel partie des chances non nulles d’avoir au moins un élu, en raison de la diversité des opinions dans le corps des citoyens. Elle conduit à des conséquences imparables.
le scrutin majoritaire 
Il incite à ratisser large, en ouvrant l’éventail idéologique, car il faut avoir une voix de plus que les autres. Elle conduit à l’émergence de deux partis seulement, car un tiers n’a aucune chance.
La conclusion de Baechler est que : " un démocrate soucieux d’efficacité et de stabilité n’a pas le choix : il doit adopter le scrutin majoritaire" puisque les partis extrémistes ou anti-démocratiques n’ont aucune chance de forcer les portes du parlement ; ils se trouvent marginalisés et confiés dans un statut de secte.

L’indépendance de la fonction judiciaire

L’ambition commune et justifiée des démocraties modernes est de devenir des "Etats de droit". Cette expression n’a de sens que si, par "droit", on entend "loi juste" et non seulement "loi égale", sinon tous les Etats seraient de droit.
L’indépendance de la fonction judiciaire est essentielle, il n’en faut point douter. Pour l’assurer, l’auteur propose deux maximes :
  • Une première pourrait être de maintenir privées toutes les procédures de justice qui peuvent l’être. Cette possibilité connaît plusieurs limites.
  • Une seconde maxime est de garantir le mieux possible l’indépendance des juges et de placer des gardes-fous à leurs errements éventuels. Le garde-fou le plus sûr est la procédure d’appel.

Chapitre 7 : LES VERTUS DEMOCRATIQUES

Dans ce septième chapitre, Jean Baechler commence par définir la vertu et par démontrer que la démocratie la réclame comme une des ses conditions de possibilité, avant de repérer les principales vertus exigées soit des citoyens, soit des dirigeants politiques.

La nature de la vertu

L’auteur part de la définition de Thomas d’Aquin : "La vertu est une certaine disposition permanente rendant l’homme capable d’agir selon le bien." pour aboutir enfin à une formule ultime de la vertu : "c’est une disposition permanente à agir efficacement en vue des fins."

Démocratie et vertu

La démocratie étant le régime naturel du politique, elle exige des démocrates les qualités exigées par le politique pour la réalisation de ses fins.
D’autre part, pour le bon sens, un matériel humain défectueux ne peut pas porter une cité saine. D’après celle là, des calculateurs purs seraient irrésistiblement poussés à ne pas respecter les règles qu’exigent la paix et la justice ; même la crainte d’être punis ne suffirait pas à les retenir. Il faut une hypothèse supplémentaire, il faut supposer les citoyens libres, finalisés, calculateurs et vertueux.

Les vertus civiques

L’auteur essaye ici de repérer sinon toutes, du moins quelques vertus indispensables aux citoyens, il a procédé alors de deux façons : par la voie empirique et par un chemin plus théorique et déductif, en partant de la liberté.
  • La voie empirique fait ressortir que les citoyens doivent être non violents entre eux et violents avec leurs ennemis, que chacun doit tenir à ses opinions, mais accepter à la fois qu’autrui tienne aux siennes et enfin que l’intérêt commun doit être en tête de l’intérêt particulier.
  • La voie plus théorique nous donne les vertus et les vices exigés et interdits par tout régime politique de liberté :
défaut mesure excès
licence maîtrise de soi rigorisme
servilité individualisme égoïsme
égocentrisme altruisme fanatisme
La conclusion est qu’une démocratie historique pourrait fonctionner avec une minorité de vertueux, une minorité de vicieux et une majorité de non-vertueux et de non-vicieux.

Les vertus politiques

L’exigence de vertu imposée aux hommes politiques est élevée, puisqu’ils doivent être vertueux comme hommes en général et comme citoyens en particulier. Ils doivent acquérir deux sortes de vertus :
  • Les vertus de l’agir : elles comprennent la tempérance, le courage et la prudence comme vertu suprême de l’agir.
  • Les vertus plus proprement politiques : elles comprennent la paix, la tolérance et l’esprit de justice comme vertu suprême de la politique.

Chapitre 8 : LES ORIGINES DES DEMOCRATIES

La question posée par l’auteur dans ce chapitre est : " si la thèse exacte, que nous avons défendue ici, à savoir que les fins du politique sont la paix et la justice et que la démocratie est le régime approprié à ces fins, alors pourquoi tous les hommes dans toutes les sociétés ne vivent-ils pas perpétuellement en démocratie ? "

La réponse apportée est que la démocratie exige, pour exister, que soient réunies certaines conditions de possibilité.

Les conditions de possibilité

a- la permanence des polities 
elle est exigée pour permettre aux expériences démocratiques de se dérouler à l’abri des menaces extérieures de conquête et des risques intérieurs de guerre civile.
b- la possibilité 
c’est la non impérialisation c’est à dire la non-transformation d’une transpolitie en :politie par la guerre.
c- la présence des centres autonomes de décision 
c’est un mixte de puissance, d’autorité et de direction.
d- les vertus civiques et politiques 
déjà soulignées au chapitre 7.

La réunion des conditions :

Pour éviter de se perdre dans l’infinité d’enquêtes possibles et, malgré tout, retenir l’essentiel, l’auteur s’est servi de la morphologie, parce qu’elle propose une discrimination empirique massive entre morphologies compatibles avec la démocratie et celles qui l’ignorent absolument.

a. morphologie et démocratie 
Les morphologies compatibles avec la démocratie comprennent :
  • La bande : elle est remarquable par son plan d’organisation simple et élégant qui repose sur trois niveaux d’intégrations (la famille nucléaire, la horde et l’ethnie).
  • La tribu : c’est une mutation spontanée de la bande, imposée par la saturation démographique, par l’occupation générale d’une zone donnée rendant difficile ou impossible les essaimages au-delà de l’ethnie. Elle a aussi une structure oligopolaire, mais elle est moins purement démocratique que la bande.
  • La cité : elle est moins universelle que la bande et la tribu. Elle est d’abord un ensemble petit de quelques centaines à quelques milliers d’individus, ensuite un ensemble centré, soit un village soit une ville ou un bourg. Un de ses traits les plus frappants est une distinction nette et explicite du privé et du public.
b.modernité et démocratie 
Dans ce paragraphe, Baechler saisit le statut historique de la démocratie : elle n’a été inventée ni par l’Europe, ni par la Grèce, ni par personne, mais par tout le monde, parce qu’elle fut le régime spontané, normal et exclusif de l’espèce humaine pendant les premières dizaines de millénaires de sa présence sur terre, jusqu’à ce que la mutation néolithique, un phénomène morphologique et politique avant tout, vînt actualiser, depuis une dizaine de millénaires, la gamme de tous les régimes possibles.

En fin du chapitre, nous avons une description de l’histoire de la réinvention démocratique en Europe.

Chapitre 9 : LES CORRUPTIONS DE LA DEMOCRATIE

La philosophie politique moderne a introduit la proposition de base qu’il existe un régime politique bon absolument. Deux perceptions historiques donnent deux versions différentes des conclusions à tirer de la proposition. Ou bien une perception évolutionniste, ou une interprétation volontariste.

"Quelle vision adopter ?" C’est la question à laquelle répond ce chapitre.

Pour commencer, l’auteur commence par distinguer deux ensembles différents de phénomènes pouvant affecter la démocratie.

Les déficits démocratiques :

Baechler en repère de deux sortes :
  • Les retards démocratiques, qui supposent que le régime démocratique prenne la succession de régimes autres, qui lui laissent un héritage non démocratique à gérer. Dans ce sens trois exemples historiques sur les démocraties européennes contemporaines sont données.
Les contraintes antidémocratiques, qui produisent des déficits incompressibles. Deux contraintes sont présentées : le cycle économique et la stratification sociale.
  • Les corruptions démocratiques :
Baechler en tient à l’analyse ponctuelle de trois corruptions majeures :
La corruption politique 
Son exemple le plus dangereux mais aussi le moins évitable, est le marché politique. Le danger pour la démocratie de la corruption politique réside dans le grippage et le dérèglement des mécanismes agoriques/ de marché et dans l’abandon des intérêts communs ; c’est difficile qu’une démocratie puisse survivre longtemps à ces disgrâces.
Les corruptions idéologiques 
Elles sont nombreuses et variées. Elles résultent d’un contresens qui peut donner lieu à des développements idéologiques dangereux et même mortels pour la démocratie, s’ils sont appliqués. Baechler en retient deux, parmi le plus courant et les plus virulents : la souveraineté du peuple et l’opinion que la démocratie est "la règle de la majorité".
Les corruptions morales 
Elles sont aussi variées et nombreuses. Elles comprennent tous les développements licencieux, favorisés par la garantie aux citoyens des libertés, par la distinction du public et du privé et par le principe de la légitimité politique de toutes les opinions et de tous les goûts.

L’incorruptibilité de la démocratie :

Tout en reconnaissant la réalité et l’intensité des déficits et des corruptions, Baechler reconnaît, malgré tout, à la pérennité des démocraties bien conformées. Il essaie de démontrer ça, en se basant sur l’histoire des démocraties précédentes.

Chapitre 10 : MORT ET RESURRECTION DE LA DEMOCRATIE

A l’échelle la plus longue possible, à celle de l’histoire de l’espèce, la démocratie meurt par les polities. Le fait est qu’elle réussit toujours à renaître ailleurs et en d’autres temps. A partir de ça peut-on observer aujourd’hui, ce que pourrait être l’avenir de la démocratie.

C’est ainsi que ce dernier chapitre traite de la mort, de la survie et de l’avenir de la démocratie.

Les morts démocratiques

Deux lignes se renforcent et se conditionnent l’une l’autre, si bien qu’il faut leur attribuer à toutes deux la responsabilité de la mort de la démocratie : l’une porte sur les polities qui deviennent de plus en plus circonscrites et englobantes, en passant du niveau politique variable de la segmentation tribale aux chefferies, au réseau hiérarchisé des chefferies, au royaume et à l’empire. L’autre évolutive, affecte le pouvoir politique qui, de démocratique devient oligarchique et aristocratique tempéré et absolu.
Ces deux lignes sont appuyées par des exemples théoriques divers de démocraties qui ont péri.

Mort et survie des démocraties modernes

Le propos de ce chapitre est en fait, un exposé historique de la dominance de l’Europe démocratisée du monde au XIX° siècle jusqu’en 1914, des causes de la mort de certaines démocraties en Europe entre 1914 et 1945 et de la dominance des Etats unis démocratique depuis 1945.

L’avenir de la démocratie

Personne ne connaît l’avenir. Tout ce qu’il est permis de faire est d’apprécier les chances de la démocratie dans l’état présent du monde.
Baechler fait donc ses prévisions à l’aide d’une extrapolation du passé.
L’avenir sur la scène politique d’après l’auteur est un système oligopolaire réunissant de cinq à dix acteurs. Il se risque même de dresser une liste : Etats-Unis, Inde, Chine, Russie semblent assurer d’y figurer ; Europe, si elle devient une fédération ; Brésil, s’il stabilise et rationalise ses institutions politiques ; peut-être les archipels pacifiques autour du japon ; il ne voit pas encore quelle politie africaine.
Les conséquences seraient décisives pour l’humanité, embarquée pour la première fois dans une histoire unique. Un système oligopolaire est stable à très long terme, à l’échelle des millénaires, ce qui permettrait de contrôler l’expression de la violence.
Baechler termine ses réflexions sur les centres autonomes de décision, sur le privé et sur la société civile : il postule que le développement économique exerce et continuera à exercer un attrait irrésistible sur toutes les polities, il parie que dans les décennies à venir, le capitalisme sera adopté dans toutes les polities.
Le développement économique est traduit en termes sociaux par la production massive de cadres moyens et supérieurs, instruits et réunis en entreprises, en associations et en groupes divers ; ce qui structure le privé dans une société moderne.
  • Ces centres là procurent aux démocraties déjà établies des bases sociales stables, leurs nouvelles classes moyennes.
  • Dans les régimes autoritaires, ces classes moyennes instruites et conscientes de leur importance revendiqueront tôt ou tard leurs libertés et un régime décent.

Actualité, Perspectives critiques et Intérêt pour les sciences de gestion

Actualité de la question :

La démocratie actuelle devient difficile à classer dans les catégories héritées des Grecs et de Montesquieu. Elle est passée d’une Sparte imaginaire à la civilisation du supermarché ; de l’espoir enthousiaste en un avenir de bonheur à la routine d’une vie publique dominée par les problèmes fastidieux de l’intendance ; du sans-culotte quittant son échoppe ou sa charrue pour défendre la patrie par les armes au manifestant qui soutient des intérêts sectoriels par la pression sur le gouvernement ; des grandes lois fondatrices des libertés aux mesures de circonstance… Les institutions juridiques peinent à rejoindre l’essor des performances économiques et techniques et l’évolution des mœurs, au lieu de les devancer et de les conduire. Les dirigeants n’ont plus que des objectifs à court terme dénotant la décroissance de leurs ambitions. La puissance de l’Etat augmente plus sûrement que la liberté des individus, pourtant le pouvoir déçoit souvent dans l’exercice de certaines de ses fonctions.
En outre, l’extension des droits économiques et sociaux est connexe à l’idée grandiose de démocratie économique, doublant et parachevant la démocratie politique. Cette idée s’épanouit à l’âge moderne avec le socialisme et la civilisation industrielle, en apportant le fondement de la réorganisation projetée

Perspectives critiques :

> Pourtant la démocratie n’a pas que des laudateurs. Elle est violemment attaquée par des traditionalistes partisans de l’aristocratie, par des admirateurs de Sparte dont la discipline et l’esprit communautaire plaisent aux conservateurs, et même par des modérés qui préfèrent un régime plus équilibré en faveur de l’élite sociale.
  • L’inconnu auteur du pamphlet La république des Athéniens stigmatise les défauts des classes populaires et leur insouciance d’un bon gouvernement.
  • Aristophane raille lourdement l’incompétence de la foule et l’ascendant de la bêtise et de la vulgarité sur elle.
  • Platon condamne sans réserve le dérèglement et l’amateurisme des démocraties.
  • Aristote n’approuve pas l’attribution d’un pouvoir illimité au peuple et l’éviction de l’élite.
> Plus particulièrement, une remarque concernant la structure de ce livre s’impose : on remarque que le livre est structuré seulement en chapitres et sous-chapitres ce qui rend difficile sa compréhension. En fait, ses paragraphes contiennent plusieurs sous-divisions possibles qui peuvent clarifier et faciliter la mémorisation des idées lors de la lecture.
> Une petite faute, sans importance, a été commise par l’auteur et que j’ai vu quand même nécessaire de la signaler en raison de son caractère comptable : à la page 15 l’auteur dit "…en portant au passif tous les coûts et à l’actif tous les gains…". En fait, on porte à l’actif plutôt les ressources contrôlées par l’entreprise et au passif ses obligations ; les coûts et les gains sont portés à l’état de résultat.

Quant aux critiques positives, je veux signaler l’importance des idées que contient ce livre de "précis de la démocratie" pour tout politicien ainsi que toute personne qui veut comprendre les mécanismes des différents régimes politiques et particulièrement le régime démocratique. Son caractère clair et précis le rend accessible même à des personnes qui ont peu de connaissances en politique.

Intérêt pour les sciences de gestion :

Si on parle de démocratie dans l’entreprise, de quelle démocratie s’agit-il ?
La question est de savoir si l’entreprise offre comme une société un champs d’expression où le pouvoir puisse se partager ou se distribuer, où la reconnaissance, la réalisation soient à portée, où les membres aient, de principe, également accès aux informations et disposent des moyens pour faire valoir leur point de vue, peser sur les décisions et négocier les conflits.
Dans les organisations, la démocratie devient : information minimale sur les objectifs, sur les stratégies générales, sur les moyens transmis par voie de délégation. La participation renvoyée au groupe concerne les conditions de travail, le produit et des modalités concrètes d’organisation du travail. Ne peut-on voir alors dans la reconnaissance et l’acceptation des décalages et contradictions entre les principes et les pratiques l’une des marques de la démocratie, alors que l’exigence d’une identité entre le discours et les actes conduit à la violence sociale.
Cette similitude entre la démocratie dans la société et dans l’entreprise peut nous conduire à emprunter quelques concepts clés développés dans ce livre de Baechler pour les appliquer dans le cadre des organisations. C’est particulièrement les cas :
  • du concept de pouvoir, développé dans le chapitre 3 (pages 47 à 53) et dont les principes et caractéristiques signalés sont très utiles pour la compréhension des relations de pouvoir dans les organisations.
  • de la nature des groupes démocratiques (chapitre 4, pages 69 à 72), dont les règles fondamentales peuvent être à mon avis appliquées sur les groupes de travail dans les entreprises, et les résultats seraient très probablement positifs.
  • des délégations de pouvoir ( chapitre 4, page 83) dont les règles sont similaires à ceux appliquées dans les entreprises.